Maison en brique : quelle isolation sans condamner le mur
Quarante pour cent. C’est la part des murs de brique recouverts à l’extérieur d’une peinture étanche qui accumulent l’humidité une fois isolés par l’intérieur, sur plusieurs milliers de simulations hygrothermiques menées à l’Université catholique de Louvain. Un mur de brique pleine s’isole, donc, et la plupart des maisons du Nord n’attendent que ça. La question utile porte ailleurs que sur la « respirabilité » de l’isolant, contrairement à ce qui se répète partout : elle porte sur ce que le mur arrive encore à évacuer une fois le doublage en place.
Un mur de brique pleine sèche par ses deux faces
Une maison ouvrière bâtie entre les deux guerres pose ses murs en brique pleine, deux épaisseurs hourdées au mortier de chaux, sans coupure de capillarité en pied et sans lame d’air. Ce mur pèse lourd et n’isole rien. Les simulations de Louvain lui attribuent un coefficient de transmission thermique de 1,5 W/m².K ; une paroi construite aujourd’hui tourne autour de 0,2.
Il travaille comme une éponge. La pluie battante mouille le parement, l’eau progresse dans le réseau de pores, puis repart par où elle peut : vers l’extérieur quand le soleil et le vent la sollicitent, vers l’intérieur quand le chauffage tire dessus. Le mortier de chaux redistribue l’eau d’un point à l’autre au lieu de la retenir. C’est pour ça qu’un mur ancien traverse des décennies avec une humidité qui monte et redescend au fil des saisons.
Rien de tout cela ne se voit tant que l’équilibre tient. Un mur maçonné après-guerre fonctionne à l’envers : barrière à l’eau liquide, lame d’air, pare-vapeur. Il refuse l’eau. Le mur ancien la prend et la rend.
Isoler par l’intérieur refroidit le mur et lui retire son séchage
Un doublage posé contre la face intérieure coupe le mur de la seule source de chaleur dont il disposait. Il devient plus froid l’hiver. L’évaporation en surface extérieure ralentit, puisqu’elle dépend de la température, et le front d’humidité, jusque-là cantonné aux premiers centimètres, s’enfonce dans l’épaisseur.
Une brique gorgée d’eau qui descend sous zéro voit cette eau se dilater dans ses pores, et la dilatation fait éclater le parement. Trois conditions doivent se rencontrer pour ça : une brique sensible au gel, une teneur en eau au-delà d’un certain seuil, une température négative. L’isolation intérieure agit sur les deux dernières, et dans le mauvais sens pour chacune.
Deux autres désordres empruntent le même chemin. Le mur isolé subit désormais les variations du climat extérieur sans amortissement, et ces retraits et dilatations successifs fissurent localement la maçonnerie. Les sels du mortier, ou ceux remontés du sol, se dissolvent davantage dans une maçonnerie plus humide, puis recristallisent au printemps quand le séchage reprend : voilà les voiles blancs qu’on prend souvent pour du salpêtre ordinaire.
Un isolant ouvert à la vapeur ne règle pas la question
Le conseil qui circule tient en une ligne : sur du bâti ancien, prendre un isolant naturel et fuir le polystyrène. Les simulations de Louvain le contredisent sur ses deux moitiés. Le polystyrène extrudé y ressort validé dans un grand nombre de cas, justement parce qu’il laisse très peu passer la vapeur et n’alimente donc pas le mur en humidité venue de l’intérieur. Le chaux-chanvre, lui, malgré un bilan environnemental que rien ne bat, ne convient qu’aux façades peu exposées aux intempéries et à un air intérieur qui reste sec.
L’origine du matériau compte moins que ce qu’il oblige à poser derrière la finition.
| Isolant | Ce qu’il fait de l’eau | Membrane | Épaisseur pour R 3,7 |
|---|---|---|---|
| Laine minérale | ouverte à la vapeur, ne tolère pas d’être mouillée | frein-vapeur obligatoire | environ 15 cm |
| Cellulose, fibre de bois | ouverte, retient beaucoup d’eau | frein-vapeur hygrovariable | environ 14 cm |
| Polystyrène extrudé | presque étanche à la vapeur | aucune, et surtout pas | environ 11 cm |
| Silicate de calcium | capillaire, absorbe l’eau et la rend | aucune | près de 28 cm |
| Chaux-chanvre | capillaire, tolère beaucoup d’eau | aucune, l’enduit en tient lieu | plus de 40 cm |
Le silicate de calcium arrive en tête de l’étude. Ouvert à la vapeur, mais surtout capillaire : il absorbe l’eau liquide, la redistribue vers sa propre surface et la rend à l’air de la pièce, sans aucune membrane. Il est aussi le moins isolant du lot.
L’extérieur du mur pèse plus lourd que l’isolant
Le revêtement du parement décide d’une grande part du résultat. Une brique nue prend la pluie de plein fouet, et les parois non revêtues sont écartées dans la plupart des cas simulés, surtout au sud-ouest. Un enduit à la chaux change la donne. Un hydrofuge de surface améliore parfois considérablement le comportement de la paroi : il supprime l’absorption de pluie battante et ne retire qu’un quart de la perméabilité à la vapeur du premier centimètre de brique. La peinture étanche produit l’inverse. Elle arrête la pluie et arrête le séchage avec elle, d’où les quarante pour cent de cas qui tournent mal.
Vient l’orientation. La façade la plus défavorable regarde le sud-ouest : elle prend le plus de pluie battante, et son ensoleillement ne rattrape qu’une partie du mouillage. C’est l’orientation que l’étude retient comme critique, et c’est celle des vents dominants sur les Hauts-de-France. La façade nord est l’autre cas délicat, pour la raison opposée. Peu de pluie, presque pas de soleil pour sécher.
Reste la brique elle-même. Une brique très absorbante boit beaucoup, mais elle redistribue vite et sèche bien : au nord, c’est un atout. La même brique exposée au sud-ouest devient un handicap. Une brique peu absorbante se comporte à l’envers, elle prend peu d’eau et met très longtemps à s’en défaire.
Le seuil de 3,7 m².K/W des aides pousse vers le cas défavorable
Pour toucher MaPrimeRénov’ ou une prime des certificats d’économies d’énergie sur l’isolation des murs, la résistance thermique de l’isolation posée doit atteindre 3,7 m².K/W. Traduit en épaisseurs, ça fait une quinzaine de centimètres de laine minérale ou de cellulose. Le mur passe alors sous 0,25 W/m².K, et c’est le niveau où il est le plus froid, donc celui où son potentiel de séchage est le plus réduit.
Le seuil élimine au passage le matériau que l’étude juge le plus fiable. Atteindre 3,7 avec du silicate de calcium demanderait près de trente centimètres à l’intérieur, ce qu’aucune chambre de maison de rangée n’absorbe. Le chaux-chanvre n’a même pas été simulé à ce niveau de performance : les épaisseurs auraient été déraisonnables.
L’arbitrage est réel et personne ne le formule. Le financement public pousse vers le niveau d’isolation qui expose le plus la maçonnerie, avec les familles de matériaux qui l’exposent le plus. Isoler par l’extérieur supprime le dilemme, puisque le mur reste du côté chaud et se retrouve protégé de la pluie ; sur une maison de rangée alignée sur la rue, c’est souvent hors de portée. Les guichets régionaux ne changent rien au seuil, qui est national.
Ce que la visite technique avant devis doit trancher
L’arrêté qui régit les certificats d’économies d’énergie impose une chose que personne ne pense à réclamer : « le professionnel effectue, avant l’établissement du devis, une visite technique du bâtiment au cours de laquelle il valide que la mise en place du procédé d’isolation sur les murs de ce bâtiment est en adéquation avec ce dernier ». La date de cette visite doit figurer sur la preuve de réalisation. S’y ajoute un délai minimal de sept jours francs entre l’acceptation du devis et le premier jour de chantier.
Sur un mur de brique pleine, cette visite a un objet précis : l’état du parement, son orientation, la présence d’une peinture filmogène, l’existence de remontées capillaires en pied de mur. Un devis établi par téléphone n’a rien validé du tout.
L’étude de Louvain borne elle-même sa portée. Elle date de 2010, elle a été calée sur le climat d’Uccle, en Belgique, voisin de celui du Nord sans lui être identique. Ses auteurs écrivent qu’il n’est pas encore possible d’anticiper précisément le comportement mécanique d’un mur après isolation intérieure, ni la migration des sels qu’elle provoque. Une chose est acquise : un mur qui montre déjà des éclats de gel ou des efflorescences ne s’isole pas par l’intérieur tant que l’eau n’a pas été traitée à sa source.