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Factures

Lire sa facture d'électricité ligne par ligne

La rédaction · 8 min de lecture

Facture d'électricité papier posée sur une table en bois, à côté d'un ancien compteur à disque

Un lecteur nous écrit : « J’ai baissé le chauffage tout l’hiver. Ma consommation est passée de 9 800 à 8 600 kilowattheures, ma facture n’a reculé que de 4 %. Où est passé le reste ? »

Le reste n’est allé nulle part. Il n’a jamais dépendu de ce qu’il consomme. Une facture d’électricité empile quatre coûts distincts. Trois d’entre eux sont fixés ailleurs que chez le fournisseur, et une bonne moitié du total ne bouge pas d’un euro quand le compteur ralentit.

BlocCe qu’il financeQui en fixe le montant
Fourniturel’électricité livréele fournisseur, ou l’État au tarif réglementé
Acheminementlignes, postes, comptagele régulateur
Accisele budget de l’Étatla loi de finances
Contribution tarifaireles retraites des électriciens et gaziersun arrêté ministériel
TVAle budget de l’Étatla loi

Deux lignes facturées, quatre coûts empilés

Ouvrez le détail de votre facture. Vous y verrez deux postes, l’abonnement et la consommation. C’est une présentation commerciale, héritée du temps où un seul opérateur vendait tout. Derrière ces deux lignes se rangent quatre coûts qui n’obéissent ni aux mêmes règles ni aux mêmes décideurs.

La fourniture paie l’électricité elle-même, celle que votre fournisseur achète ou produit. L’acheminement paie les lignes, les transformateurs et le comptage, et son tarif est arrêté par la Commission de régulation de l’énergie. L’accise et la contribution tarifaire d’acheminement sont deux prélèvements sans rapport l’un avec l’autre. La taxe sur la valeur ajoutée s’ajoute par-dessus tout, prélèvements compris.

Cette facture s’arrête à votre compteur. Elle ne paie ni l’entretien de votre installation intérieure, ni le remplacement de votre tableau. Quant au compteur, il ne vous appartient pas : il est la propriété de la commune ou de l’intercommunalité, et le gestionnaire de réseau l’exploite pour leur compte. Un démarcheur qui vous propose un contrat d’entretien dessus vend du vent.

L’abonnement, ce que vous payez avant d’avoir allumé quoi que ce soit

L’abonnement dépend d’un seul chiffre : la puissance souscrite, exprimée en kilovoltampères. C’est le nombre d’appareils que vous pouvez faire tourner en même temps sans que le disjoncteur saute, et il figure sur la première page de la facture, à côté de l’option tarifaire.

Cette part fixe contient une portion du tarif d’acheminement, elle aussi indexée sur la puissance. Et c’est sur cette portion, sur elle seule, que se calcule la contribution tarifaire d’acheminement, qui finance les retraites du régime spécial des industries électriques et gazières. Ce prélèvement ignore donc votre consommation. Vous pouvez couper au compteur pendant six mois, il tombera à l’identique.

L’écart entre deux puissances se chiffre. Au tarif réglementé, passer de 9 à 6 kilovoltampères fait tomber l’abonnement d’une cinquantaine d’euros par an, et la contribution tarifaire suit dans le même mouvement. Beaucoup de maisons de brique du Nord sont restées en 9 kVA parce qu’un convecteur électrique équipait chaque pièce. Le chauffage est passé au gaz depuis. L’abonnement, lui, n’a pas bougé. Un compteur communicant garde en mémoire la puissance maximale que vous avez appelée sur douze mois : si elle plafonne à 4 ou 5 kVA, la question mérite d’être posée. La modification se fait à distance, sans technicien.

Le prix de cet abonnement, en revanche, dépend de l’offre que vous avez signée. C’est là que se joue le choix entre le tarif réglementé et une offre de marché.

La consommation, un index et un prix du kilowattheure

La ligne de consommation se lit en trois temps : index de départ, index d’arrivée, différence en kilowattheures. Un kilowattheure, c’est un appareil de 1 000 watts qui fonctionne une heure. Un radiateur de 2 000 watts allumé six heures en consomme douze.

Si vous êtes en heures pleines et heures creuses, deux compteurs d’index tournent en parallèle et deux prix s’appliquent. Le passage à cette option n’a d’intérêt que si une part réelle de votre consommation est déplaçable : un chauffe-eau, un lave-linge programmé la nuit. Sur un logement chauffé au gaz et occupé en journée, la répartition penche du mauvais côté et l’abonnement, plus cher, mange l’avantage. Dans une maison chauffée à l’électrique, en revanche, cette ligne suit presque entièrement la consommation de chauffage : c’est elle qui décide du montant annuel.

Sur chaque kilowattheure s’ajoute l’accise sur l’électricité, l’ancienne taxe intérieure. Elle tourne autour d’une trentaine d’euros par mégawattheure pour la catégorie des ménages, soit environ trois centimes par kilowattheure, et son montant est révisé par la loi de finances. C’est la seule taxe strictement proportionnelle. Elle baisse quand votre consommation baisse.

La taxe sur la valeur ajoutée, elle, s’applique désormais à 20 % sur l’ensemble de la facture. Elle était réduite à 5,5 % sur l’abonnement et la contribution tarifaire. Cette faveur a disparu. L’alignement a renchéri la part fixe pour tout le monde, et d’autant plus pour les petits consommateurs, chez qui elle pèse le plus lourd.

L’acheminement, la ligne qui n’apparaît pas

Le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité rémunère le transport et la distribution. Il pèse près d’un tiers du montant total. Il est fixé par le régulateur. Identique chez tous les fournisseurs, il ne se négocie pas.

Cherchez-le sur votre facture : vous ne le trouverez pas. Sur un contrat de particulier, en dessous de 36 kilovoltampères, il n’a pas de ligne à lui. Il est dissous dans l’abonnement pour sa part fixe et dans le prix du kilowattheure pour sa part variable. Le beau schéma en trois blocs avec un poste « acheminement » bien visible décrit une facture professionnelle, au-dessus de 36 kVA. Quelques fournisseurs alternatifs le sortent quand même sur une ligne à part, ce qui rend leurs factures illisibles à côté des autres.

Cela pèse sur les promesses commerciales. Quand une offre annonce 10 % de moins sur le kilowattheure, la remise ne porte que sur la part fourniture de ce kilowattheure. Le tarif de réseau et l’accise ne bougent pas. Sur l’année, une remise de 10 % affichée se traduit couramment par 3 à 4 % de gain réel.

Ce qui ne bougera pas, quoi que vous fassiez

Le compteur resté à l’ancienne se paie, et la majoration s’évite

Beaucoup de logements du bassin minier et des faubourgs de Lille ont refusé le remplacement de leur compteur. Ce refus a un prix, et il figure sur la facture.

Le régulateur a prévu une facturation additionnelle pour les installations sans compteur communicant : 38,90 euros par an. Elle s’applique sauf si l’installation est techniquement impossible du fait du gestionnaire de réseau, ou si un rendez-vous de pose a été pris, auquel cas la facturation est suspendue.

S’y ajoutent 24,84 euros par an dès qu’aucun index n’a été transmis depuis plus de douze mois. Les deux montants se cumulent : près de 64 euros par an quand rien n’est relevé.

Or la majoration s’annule par un geste gratuit. Il suffit de transmettre soi-même son index une fois dans l’année au gestionnaire de réseau, ce qu’on appelle un index auto-relevé. Une relève par un technicien est possible aussi, gratuite une fois par an, facturée au-delà. Le socle de 38,90 euros, lui, reste dû tant que le compteur n’est pas remplacé.

Le principe du socle se discute. La majoration, beaucoup moins : elle sanctionne un index qui n’arrive pas, et cet index ne coûte rien à envoyer. Payer 24,84 euros par an pour un relevé qu’on peut faire soi-même en deux minutes, c’est le genre de ligne qu’on laisse courir faute de savoir qu’elle est là.

Échéancier, facture estimée, régularisation : trois documents qu’on confond

Le document mensuel que reçoit un ménage mensualisé n’est pas une facture. C’est un échéancier : un montant lissé, calculé sur une consommation prévisionnelle. Rien n’y est constaté.

La facture estimée, elle, est une vraie facture. Simplement, elle est bâtie sur une consommation calculée et non sur un index réel. Sans compteur communicant, le gestionnaire de réseau relève une à deux fois par an, et le fournisseur estime entre deux passages. Une estimation trop haute vous fait avancer de l’argent à taux zéro ; une estimation trop basse prépare une régularisation qui tombe d’un coup.

La facture de régularisation est celle qui compte. Elle confronte la somme versée à ce que le compteur a enregistré, et solde la différence. Elle tombe au moins une fois par an, à la date anniversaire du contrat. Gardez-la : c’est le seul document sur lequel une contestation tient debout.

Une facture estimée se corrige sans attendre : vous transmettez votre index à votre fournisseur, qui recalcule. Si le compteur communicant ne transmet plus, la panne se signale au gestionnaire de réseau, à qui il revient d’y remédier.

Sur quelles lignes vous pouvez agir, et dans quel ordre

LigneCe qui la commandeVotre marge
Abonnementla puissance souscritebaisser de kVA
Prix du kilowattheurel’offre signéechanger d’offre
Kilowattheures consommésvos usages et l’isolationréelle, mais lente
Acheminement et taxesle régulateur et la loiaucune
Facturation du compteurson type et vos indexl’auto-relève annuelle

Trois gestes tiennent dans une matinée, sans travaux et sans changer de contrat.

Relevez votre index et transmettez-le, surtout si votre compteur n’est pas communicant : c’est ce qui fait tomber la majoration et remet vos factures sur du réel. Ouvrez ensuite votre espace client pour comparer la puissance souscrite et la puissance maximale réellement atteinte sur douze mois. L’écart se traduit en euros. Vérifiez enfin si vous entrez dans les conditions du chèque énergie, qui se déduit du montant à payer.

La suite demande plus de temps. Comparer les offres a du sens, à condition de comparer des montants annuels toutes taxes comprises, jamais des prix du kilowattheure. Et si la facture reste lourde une fois ces réglages faits, ce n’est plus la facture qu’il faut regarder : c’est le mur derrière le radiateur. Le levier change alors de nature, et il passe par les aides à la rénovation de la région.

Publié dans Factures & Énergie.