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Tarif réglementé ou offre de marché : qui porte le risque

La rédaction · 9 min de lecture

Compteur électrique communicant et disjoncteur dans le placard d'entrée d'une maison de brique

Le tarif réglementé passe pour l’abri et l’offre de marché pour le pari. Les deux réputations sont fausses, et elles arrangent tout le monde : le fournisseur historique, qu’elles installent en refuge, ses concurrents, qu’elles font passer pour des casse-cou alors qu’ils vendent une remise.

Ce qui vous expose tient à une seule ligne du contrat, et c’est la même dans les deux familles : la façon dont le prix du kilowattheure est fabriqué. La grille officielle du tarif réglementé contient d’ailleurs une option qui vous fait porter plus de variation que n’importe quelle offre à prix fixe du marché.

Le critère qui décide : qui encaisse les variations du prix de gros

Le prix de gros de l’électricité bouge tous les jours, parfois toutes les heures. Il n’a aucune raison de se calmer, et personne ne l’a promis. La seule question qui compte au moment de signer est donc celle-ci : entre le fournisseur, l’État et vous, qui absorbe ce mouvement.

Trois réponses existent, et la ligne qui les sépare ne suit pas du tout la frontière entre tarif réglementé et offre de marché.

Sur une offre à prix fixe, le fournisseur absorbe. Il s’engage sur un prix du kilowattheure pendant un ou deux ans et se couvre à l’avance sur les marchés. Cette couverture coûte, et elle est dans votre prix : un prix fixe s’achète, il ne se donne pas.

Sur le tarif réglementé, l’État lisse. La Commission de régulation de l’énergie recalcule la grille par empilement des coûts réels, et le mouvement ne passe que deux fois par an, au premier février et au premier août. Entre ces deux dates votre prix ne bouge pas d’un centime, quoi qu’il arrive sur les marchés. Ce qui s’est passé pendant ce temps n’est pas annulé pour autant : il est reporté.

Sur une offre indexée sur les marchés, c’est vous. Directement, sans amortisseur. Une partie de la grille réglementée fonctionne exactement pareil, et les comparaisons l’oublient.

L’offreQui porte la variationCe que vous découvrez, et quand
Réglementée, Base ou heures creusesl’État lisse, vous payez le reportune nouvelle grille, deux fois par an
Réglementée, option Tempovous, jour par jourla couleur du lendemain, la veille au soir
Marché, prix fixele fournisseur, qui vous le facturerien jusqu’à l’échéance
Marché, indexée sur le tarif réglementél’État lisse, la remise peut être revueune révision de remise décidée par le fournisseur
Marché, tarification dynamiquevous, heure par heurele prix du lendemain, la veille

Ce que le tarif réglementé protège, et ce qu’il ne protège pas

Il tient le rythme des hausses. Il ne tient pas leur niveau. Aucun texte ne l’oblige à rester bas, et son histoire récente le montre assez : il est monté, il est redescendu, il remontera. Ce qu’il garantit, c’est qu’aucune nouvelle grille ne vous tombera dessus un matin de janvier.

Il garantit aussi des choses invisibles sur une facture. Le prix est public et identique pour tous à puissance égale : rien à négocier, personne à rappeler, aucune offre de bienvenue qui expire au bout d’un an. Le contenu du contrat est réglementé, pas seulement son tarif, ce qui retire au fournisseur la liberté d’y écrire ce qu’il veut. Aucune échéance à surveiller non plus.

Il ne promet ni plafond ni baisse, et encore moins la meilleure grille du moment. Sur la plupart des relevés récents, une majorité des offres du marché affiche un kilowattheure moins cher que lui. Rien d’anormal : être le moins cher n’a jamais été sa mission.

Et ce n’est même pas un prix. C’est une grille à trois options, qui ne font pas courir le même risque.

Tempo, le tarif réglementé qui vous expose le plus

L’option Tempo découpe l’année en trois couleurs : 300 jours bleus, 43 blancs et 22 rouges, ces derniers répartis entre novembre et mars, jamais le samedi ni le dimanche. Six prix du kilowattheure cohabitent, un par couleur et par plage horaire, et la couleur du lendemain se connaît la veille en fin de journée.

L’écart entre le meilleur et le pire tient en un rapport. Le kilowattheure d’heure pleine d’un jour rouge coûte plus de cinq fois celui d’une heure creuse bleue, et près de quatre fois le kilowattheure de l’option Base.

Voilà un contrat fixé par les pouvoirs publics, vendu par le fournisseur historique, qui fait porter au client une variation qu’aucune offre à prix fixe ne lui ferait porter. Dans une maison chauffée à l’électricité, incapable de déplacer sa consommation, ces 22 jours se paient toute l’année.

Prix fixe, prix indexé, prix dynamique : ce que chaque promesse engage

Les offres de marché forment trois familles qui n’ont pas grand-chose en commun. Une seule d’entre elles fait mieux que le tarif réglementé sur son propre terrain : verrouiller un prix pour deux ans est quelque chose que la grille réglementée ne sait pas faire.

Le prix fixe engage le fournisseur sur le prix du kilowattheure de fourniture, pour une durée écrite au contrat. Il n’engage ni l’abonnement, ni l’acheminement, ni les taxes, qui continuent de bouger sous vos pieds. Le médiateur national de l’énergie a d’ailleurs dû rappeler qu’un contrat dont une part du prix suit les marchés n’est pas un contrat à prix fixe, et qu’un fournisseur ne peut donc pas s’en servir pour facturer une indemnité de résiliation anticipée.

L’offre indexée sur le tarif réglementé promet une remise : 5, 10, 15 % sur le kilowattheure. Vous suivez alors exactement les mouvements de la grille réglementée, un cran plus bas. Vérifiez la durée de la remise avant son pourcentage. Beaucoup de contrats autorisent le fournisseur à le revoir, et la remise du premier hiver n’est pas toujours celle du troisième.

L’offre à tarification dynamique suit le prix du marché de gros heure par heure, connu la veille. Les fournisseurs de plus de 200 000 clients ont l’obligation d’en proposer une, au titre de l’article L. 332-7 du code de l’énergie. Le médiateur national de l’énergie décrit sans détour ce qu’elles font : elles transfèrent le risque de marché du fournisseur vers le client, et il les déconseille aux logements chauffés à l’électricité.

Ce que le tarif réglementé fait mieux, et que personne ne vend

Il est le filet de tout le monde, y compris de ceux qui l’ont quitté. Quand un fournisseur devient défaillant, ses clients basculent automatiquement, sans démarche et sans frais, chez un fournisseur de secours désigné par l’État, au tarif réglementé en vigueur, pour une puissance identique ou immédiatement supérieure. Prendre une offre de marché ne vous fait donc pas courir le risque financier de votre fournisseur : ce risque est déjà couvert, et il l’est par le tarif que vous venez de quitter.

Il est réversible sans condition. Un compteur de 36 kVA ou moins revient au tarif réglementé à tout moment, gratuitement, sans justification et autant de fois que vous le voulez. Le médiateur national de l’énergie le confirme dans sa fiche sur le retour au tarif réglementé. Une offre de marché se résilie de la même façon, sans frais, chez un particulier.

Il rend enfin l’argument vert beaucoup moins solide qu’il n’en a l’air. L’électricité vendue au tarif réglementé est adossée au parc nucléaire : l’origine déclarée par le fournisseur historique dépasse 87 % de nucléaire et approche 8 % de renouvelable. Une « offre verte » facturée plus cher achète le plus souvent des garanties d’origine, un certificat acheté à part des électrons qui arrivent chez vous, et qui sont les mêmes.

Le tarif réglementé n’est plus ouvert à tous les compteurs

Une bonne partie des maisons de la région bute sur un point qu’aucune comparaison ne mentionne. Sur décision des pouvoirs publics, les puissances de 9 à 36 kVA de l’option Base ont été mises en extinction : elles ne sont plus disponibles à la souscription.

Traduisez pour une maison de brique chauffée à l’électricité, avec un compteur de 9 ou 12 kVA. Si vous y êtes déjà, vous gardez votre contrat et votre grille, rien ne change. Si vous emménagez, si vous ouvrez un compteur, si vous augmentez votre puissance, l’option Base du tarif réglementé vous est fermée : il vous reste les heures creuses, Tempo, ou une offre de marché.

La contrainte tombe précisément sur le profil qui aurait le plus intérêt à un prix lissé, et elle se découvre en général au guichet, quand la puissance est déjà demandée.

Ce qu’une remise de 10 % sur le kilowattheure laisse vraiment

La remise porte sur le kilowattheure. Elle ne porte pas sur l’abonnement, qui va d’environ 12 euros par mois en 3 kVA à près de 54 euros en 36 kVA, et qui se paie que le compteur tourne ou non. Sur une facture annuelle, 10 % de remise sur le kilowattheure valent donc sensiblement moins de 10 %. Le détail de ce que vous payez vraiment se lit ligne à ligne en décomposant la facture.

Deux majorations passent sous tous les radars et se retrouvent pourtant sur les factures. Un logement sans compteur communicant, hors impossibilité technique, paie un supplément d’abonnement d’environ 40 euros hors taxes par an. Un compteur qui ne transmet aucun index depuis douze mois en paie un autre, d’environ 26 euros. Ces deux lignes se cumulent avec n’importe quelle offre et effacent une bonne part d’une remise sur le kilowattheure.

Pour comparer sérieusement deux offres, une seule méthode tient : reprendre votre consommation annuelle réelle en kilowattheures, la multiplier par le prix du kilowattheure de chaque offre, ajouter douze mois d’abonnement, tout en toutes taxes comprises. Le comparateur public du médiateur national de l’énergie fait ce calcul sans vendre d’abonnement au passage.

Pour le gaz, la question n’a plus d’objet

Le tarif réglementé du gaz naturel a été supprimé, et les derniers clients qui en bénéficiaient ont été basculés d’office sur une offre de marché. Il ne reste qu’un repère public : le prix repère de vente du gaz, que la Commission de régulation de l’énergie publie chaque mois. Personne ne le vend : c’est un étalon.

Un contrat de gaz se juge donc contre ce repère, abonnement compris, et pas contre le souvenir d’un tarif réglementé qui n’existe plus.

Qui prend quoi

Vous chauffez à l’électricité, la maison est ancienne, la consommation dépasse largement les 10 000 kilowattheures et vous ne voulez pas y penser : tarif réglementé, option heures creuses. Deux mouvements par an valent mieux qu’une remise, parce que dans une maison mal isolée le mois de janvier ne se négocie pas et qu’aucune offre indexée ne vous laissera le choix de ne pas chauffer. Le vrai gain est ailleurs, du côté des gestes qui font tomber la consommation.

Vous chauffez au bois, au gaz ou à la pompe à chaleur, votre consommation électrique est basse et régulière, vous relisez vos factures : offre de marché indexée sur le tarif réglementé, avec une remise durable sur le kilowattheure et un abonnement au niveau de celui du tarif réglementé. Même rythme, prix plus bas, aucun risque supplémentaire.

La tarification dynamique et Tempo ne se prennent que si vous pouvez vraiment déplacer votre consommation : de l’eau chaude à programmer, une voiture à recharger de nuit, un appoint qui n’est pas électrique. Sinon, ces deux options vous vendent une flexibilité que vous n’avez pas.

Et si vous vous trompez, le retour au tarif réglementé est gratuit et sans justification. C’est la seule chose qui rend cette décision réparable, et c’est aussi la raison pour laquelle elle ne mérite pas six semaines d’hésitation.

Publié dans Factures & Énergie.